Margin call : clinique marche vers la crise

Publié le par Laurence

Dès les premières images, l'ambiance est posée : arrive à la queue leu leu une équipe chargée d'une charette. Attention : nous ne sommes pas dans une usine mais dans des bureaux, des open space silencieux bardés d'ordinateurs sur les écrans desquels défilent chiffres et graphiques. Un homme est interrompu dans son activité, emmené dans un bureau comme à l'échafaud et on lui explique qu'il doit quitter son bureau dans l'heure, que son téléphone sera désactivé sitôt qu'il sera sorti de l'immeuble mais on lui présente une brochure avec bateau sur fond d'océan en lui expliquant qu'il pourra être aidé pour rebondir. L'homme n'a aucune réaction, il exécute les derniers ordres et a juste le temps de remettre une clé USB à un jeune homme, quasiment le seul à exprimer un sentiment (l'empathie en l'occurence). Fin de la séquence.

 

Bien que le vide se fasse, nul ne réagit et chacun est soulagé de ne pas avoir été concerné par les licenciements. Tétanisés, apathiques, les hommes poursuivent leur travail. Seul leur chef essuie quelques larmes et paraît choqué. Il est effectivement un peu déprimé car sa chienne est en train de mourir...

 

Sans dévoiler quoi que ce soit de la suite, on pénètre ensuite dans un tourbillon, un enchaînement de décisions urgentes, toutes prises dans un calme et une détermination glaciales qui vont déclencher une des plus graves crises économiques et financières de tous les temps.

 

Si le vocabulaire utilisé est parfois obscur, il n'empêche pas de comprendre les mécanismes à l'oeuvre et contribuent au contraire à comprendre les ressorts de la crise. Les alertes ont été données depuis longtemps sans jamais être écoutées puisque le monstre se nourrit de lui même et que seule la course perpétuelle à l'argent permet d'échapper temporairement à la catastrophe. Car il s'agit bien d'un film catastrophe, d'un désastre annoncé, simplement il fallait être le premier à sortir de ce "gigantesque sac d'excréments". Le cynisme ne connaît pas de limite.

 

Pas de sentiment, pas de romance, peu de musique : l'enrobage est limité pour que le spectateur se concentre sur les images et les dialogues. Ce film est à voir au cinéma où l'on reste stupéfait par une telle distance à la réalité. Un des deux jeunes ne se préoccupe que de la quantité d'argent amassé par ses supérieurs et craque à la fin, seul dans les toilettes, on ne sait même pas pourquoi. Seul l'homme du début prend conscience de cette dérive dans un long monologue sur sa vie antérieure durant laquelle il a été ingénieur et a construit un pont permettant de réduire les temps de trajet et les dépenses d'essence de milliers de personnes.

 

Film magistral sur la crise, il nous laisse assis physiquement parlant à notre siège. Car, même si les médias ont décrypté largement les causes de la crise, voir sur grand écran avec autant de réalisme, un tel déploiement d'inconséquences donne encore matière à réflexion .... et à révolte.

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Publié dans Cinema

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