"The artist" : pari réussi
Il fallait oser fabriquer un film muet en noir et blanc ... certes Jean Dujardin est éminemment bankable et monter un film sur son nom assure un minimum de public, amateur de l'acteur, du bon client des émissions télé, charmé par son profil de gendre idéal à la fois léger, amusant et débordant de gentillesse. Dans ce film, il incarne un acteur du muet insupportable d'arrogance comme le héros bidon d'OSS117 mais, à la différence de cette marionnette, il est dans "The artist" un homme d'une intelligence fière, d'un orgueil qui ne le fait pas se renier malgré l'enchaînement des déceptions. En effet, Georges Valentin, star du muet, se rit du passage au parlant : il ne voit pas du tout en quoi cette nouvelle technologie va bouleverser l'économie du cinéma, il se refuse à parler, il n'est pas une marionnette mais un acteur et donc il ne parlera pas. La déchéance progressive, inéluctable est au rendez-vous. Malgré la volonté d'une jeune actrice montante, il se laisse glisser de marche en marche jusqu'au pire de la carrière d'un acteur : l'oubli total.
Alors oui Jean Dujardin est formidable, il a relevé la gajeure d'un film entièrement muet ce qui aujourd'hui est inédit. Les textes sont rares, voire exceptionnels et la prestation de Jean Dujardin mérite largement le prix d'interprétation du Festival de Cannes. Mais il ne faut pas oublier la magnifique Bérénice Béjo: elle déborde d'énergie, de grâce. Expressif, son visage traduit toute une palette d'émotions et, dans le second rôle d'un film qui ne comporte que deux vrais rôles, elle est éclatante. S'il est clair que le succès de Jean Dujardin ne sera que conforté par ce film, il est à souhaiter que Bérénice Béjo soit demandée partout et qu'on la retrouve dans de nombreux films. On peut donc lui souhaiter que Bérénice Béjo rencontre la même notoriété que la Peppy Miller du film.
Sans conteste, Michel Hazanicius se renouvelle: les deux OSS lui avait assuré une belle reconnaissance assortie d'un grand succès public. Avec "The artist", il a clairement voulu changer de braquet, oser une nouvelle expérience, explorer. Il a pris un certain risque - toute proportion gardée s'agissant de cinéma - et a remporté haut la main le pari !