Un prophète : cynique et désespérant

Publié le par Chantal

Longue hésitation avant d'aller voir ce film : "de battre mon coeur s'est arrêté" était marquant, un film fort dont on se souvient encore longtemps après l'avoir vu. Cependant, il a été diffusé la semaine dernière sur Arte et j'ai préféré m'abstenir de le revoir en raison de ses scènes violentes et des aspects glauques. Mais mon hésitation provenait des critiques louant le côté réaliste de la prison, la montée en puissance d'un jeune qui échoue en prison pour un petit délit et sort en caïd.

Autant le reconnaître et rendre à Audiard ce qui appartient à Jacques : le film est bien fait, le spectateur comprend bien pourquoi 4 ans ont été nécessaire pour parvenir à un tel aboutissement scénaristique et de mise en scène. L'acteur principal est formidable et Niels Arestrup toujours convaincant quand il s'agit d'incarner un personnage violent (ce type sait il jouer autre chose ? remember "le candidat", "de battre mon coeur s'est arrêté" justement, etc). Les seconds rôles sont aussi très réussis tout comme la plongée dans la douceur après une traversée violente. Le "héros" s'endort avec un bébé dans les bras et la sérénité envahit son visage alors que quelques seconds auparavant, il a trucidé un camion de malfrats.

Malgré toutes ses qualités, ce talent artistique déployé par Audiard et toute son équipe, j'ai détesté ce film sombre, désespéré, cynique : aucun espoir, aucune rédemption n'est permise... une fois tombé dans la fange, on s'y embourbe, elle vous engloutit comme la vase. Non seulement vous disparaissez dans cette boue mais en plus vous y trouvez enfin une famille ! ce film ne contient aucune morale, il se veut simplement le constat d'un irrémédiable échec. Le type apprend à lire, sort de la prison dîplômé en mécanique mais va continuer ses trafics à grande échelle, les meurtres, gang contre gang. De ce film sort une noirceur, une désespérance absolue de l'humanité : l'homme ne vaut rien, il ne faut surtout pas faire confiance à quelqu'un qui a commis un acte répréhensible puisque tôt ou tard, il sombrera malgré tous les signes de résinsertion donnés. N'importe qui peut berner tout le système : juge naïf, personnel pénitentiaire corrompu, un malfaiteur trompe tout son monde.

Je déteste ce cinéma pseudo-réaliste qui ne donne ni à réfléchir, ni à espérer, qui vous balance simplement deux heures et demie de violences avec pour seules respirations, un bébé innocent mais qui sait ce qu'il va devenir ? pas grand chose de bon semble-t-il...

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Publié dans Cinema

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