David Lodge : la vie en sourdine ... et le style aussi....
David Lodge est un de mes auteurs contemporains préférés: sa peinture des moeurs universitaires dans "la chute du Brittish museum" comme dans "Jeu de maux" et autres "Thérapie" est vraiment réjouissante ! Aussi drôle que William Boyd, moins mélancolique, il excelle dans la description des heurts et malheurs, petites combines qui échouent, stratégies improbables, rencontres inattendues ayant un impact atomique ! Son style libre, ses histoires dans le vase clos du milieu académique nous entraînent dans un monde à première vue éloignée de la vie quotidienne d'une entreprise mais qui finalement s'en rapprochent tant la nature humaine varie peu quel que soit le milieu dans lequel elle est plongée.
Dans "Deaf sentence" titre original plus imagé que la traduction française, il est difficile de retrouver ce climat si particulier. Le lecteur est en empathie avec le héros : Desmond, prof à la retraite est frappé de surdité partielle et son appareillage l'oblige à une vie un peu décalée. Le roman mêle des anecdotes propres à cette particularité avec l'arrivée dans sa vie paisible, voire très ennuyeuse, d'une jeune américaine. Cette étrange étrangère a choisi un sujet de thèse attirant/repoussant : le style des lettres de candidats au suicide. Elle se conduit bizarrement, il en est alerté par un de ses collègues mais ne sait pas trop quelle attitude adopter. La construction du roman déroute et David Lodge semble ne pas avoir fait de choix : il oscille entre raconter les péripéties liées à la surdité de son héros (et il paraîtrait que l'auteur ait puisé dans sa propre vie) et se concentrer sur la relation ambigüe avec cette jeune femme.
Un peu dommage quand on a autant attendu un livre de le voir s'égarer dans des pistes multiples sans qu'aucune n'accroche fortement l'attention du lecteur.
Vivement le suivant !