"Black swan" : un cygne janus
"Black swan" n'est pas un chef d'oeuvre. Il est possible de saluer la performance de Nathalie Portman sur le plan physique et pour avoir garder un certain équilibre mental dans ce désordre psychologique. Car, dans ce film, aucun personnage n'échappe à l'exacerbation jusqu'à la folie d'un trait de caractère : la surprotection de la mère pue la jalouse morbide, l'amie rivale menace d'éliminer l'héroïne, le metteur en scène mégalomane (un pléonasme nous sommes d'accord), l'ex danseuse déchue qui perd ses jambes... Il n'existe pas à proprement parler de seconds rôles : les personnages qui entourent Nina, l'héroïne, explorent une part sombre de sa personnalité.
Nina, donc, appartient au corps de ballet de New York et rêve de devenir première danseuse. On se demande s'il s'agit de réaliser un rêve propre tant la danse lui est douloureuse ou celui de sa mère qui n'a jamais percé dans ce métier. Elle obtient cette consécration après une entrevue brutale avec le chorégraphe, incarné par Vincent Cassel. Incarner le cygne blanc lui est parfaitement naturel tant elle représente la juvénilité et l'innocence : d'ailleurs regardez dit le Aronofsky aux spectateurs, Nina s'habille entièrement en blanc et sa chambre est rose, elle s'endort au son d'une boîte à musique avec ses peluches (roses également). MAIS la question est de savoir si elle pourra se transformer en cygne noir (le côté obscur de la force). De nombreux évènements vont l'y aider et elle sombre dans la folie, ne sachant pas maîtriser ce caractère sombre qui l'envahit et la recouvre entièrement.
Trois couleurs dominent le film : blanc, noir et rouge avec une petite variation rose pour l'évolution progressive.... La subtilité n'est pas exactement la tasse de thé du réalisateur qui lui préfère le lyrisme, la grandiloquence et la démesure. Tout est souligné plusieurs fois afin que le spectateur comprenne bien que Nina se fait du mal et qu'on ne passe pas impunément du blanc au noir. Les scènes de danse sont magnifiques de grâce bien sûr. L'âme humaine la plus pure peut se laisser emporter par la noirceur, la folie est créatrice et mieux vaut disposer d'une palette de couleurs plutôt que d'en rester à des tons tranchés. Mieux vaut aussi voir ce film sur grand écran pour en apprécier les qualités visuelles sur lesquelles le réalisateur a passé beaucoup de temps.
Un film bof parce que trop démonstratif.