"La mise à nu des époux Randsome" : Alan Bennett et le cambriolage bourgeois
Un soir d'opéra ("Cosi" de Mozart), les époux Randsome subissent un cambriolage particulièrement saugrenu : tout, du sol au plafond a disparu. Ils reviennent dans un appartement nu et, en vrais anglais dotés d'un flegme génétique, ils parent au plus pressé, appellent la police qui accepte de se déplacer, dorment sur le plancher et lui part dès le matin au bureau car il ne saurait s'absenter pour un motif aussi matériel. Elle doit alors reconstituer cette vie matérielle et ce cambriolage se transforme en opportunité de remettre en question son mode de vie, son couple et la douleur de ne pas avoir pu garder son enfant.
Alan Benett a connu une notoriété forte avec la publication de "la reine des lectrices", biographie imaginaire d'une reine d'Angleterre subitement happée par le plaisir de lire et qui en oublie ses devoirs. Alan Benett en profitait pour ironiser sur la solitude du lecteur, son égoïsme, sa capacité à se détacher des autres, le tout pour acquérir un vernis de culture totalement inutile dans la relation à autrui. Ici, il prend plaisir à analyser le bouleversement causé par un évènement aussi fâcheux qu'inattendu : pas de violence dans ce cambriolage mais le traumatisme créé par le retrait de la vie matérielle. L'épreuve comme opportunité de changement : le thème a été traité sur les plans philosohiques, psychologiques, économiques, etc. L'auteur tient à distance ses héros, ne les laisse que peu s'épancher. Les épux Randsome forment un vieux couple dont on ne comprend pas bien ce qui a pu un jour les unir. Pas la passion en tout cas. Ce cambriolage leur offre une occasion de se rapprocher mais cette dernière opportunité leur échappera aussi. Mme Randsome se sentira un court moment libérée par ce vide soudain et elle en fera quelque chose.
Ce court roman se situe un cran en dessous de "la reine des lectrices". "La mise à nu des époux Randsome" se lit agréablement mais n'atteint pas la puissance comique et la réflexion de "la reine des lectrices".