Jan Karski : poignant, puissant ... et répétitif
La pédagogie c'est la répétition et la répétition c'est la pédagogie. Certes. Faut-il cependant marteler à ce point le message, creuser l'idée, la fouailler, la marteler pour qu'elle pénètre au plus profond de la conscience du spectateur ? Difficile de se prononcer après avoir vu "Jan Karski" magistralement habité par Laurent Poitrenaux et Arthur Nausicyel. Tous deux sont maginifiques et la séquence du milieu dans laquelle règne la voix de Marthe Keller est tout aussi frappante. Difficile de dire que ce spectacle est réussi parce qu'évidemment, le texte est si fort, si réel, il met si mal à l'aise, il interroge si profondément notre conscience : et moi qu'aurais je fait ? tout cela laisse pantois, perplexe... La violence du propos bouleverse.
Jan Karski est cette homme qui a alerté les Alliés, anglais et américains, du massacre, du génocide des juifs en Europe. Il a été reçu, entendu mais pas véritablement écouté. Son périple a été totalement inutile. Il s'est époumoné, il a couru partout, il a dit, il a écrit et rien ne s'est passé. La troisième partie du spectacle, celle qui a causé tant de polémiques à la sortie ddu livre de Yannick Haënel, met l'homme en scène. Laurent Poitrenaux incarne Jan Karski, son désespoir et sa rage, avec intensité. Même si les paroles ne sont pas les mots de Jan Karski, comment ne pas imaginer les pensées de cet homme dont le courage, loin d'être récompensé, est plutôt devenu la mauvaise conscience des vainqueurs ? Vainqueurs au prix d'un renoncement immense, du sacrifice de millions de personnes... le texte porte plus loin que la Shoah, il interroge le spectateur ici et maintenant : quelle notre réaction face aux peuples massacrés, aux génocides ? serions nous capable d'éviter que cette tragédie ne se reproduise ? comment écoutons ceux qui disent, ceux qui alertent ? notre passivité reste identique... et en cela cette guerre n'aura donc servi à rien si nous ne savons pas éviter cette surdité.
La mise en scène dépouillée permet l'expression pleine d'acteurs talentueux, profondément impliqués dans ce texte. On est prix dans ce texte, on souffre de cette répétition qui nous culpabilise. 2h30 qui passent comme un cauchemar nécessaire...