Mammuth : deux monstres sacrés au service du cinéma d'auteur ...

Publié le par Chantal

 

Enfin !!! Autant le précédent ("Louise Michel") sombrait dans le glauque, le difficilement digérable, le vingt-cinquième degré du comique de l'affreux (summum atteint avec la jeune fille en phase terminale de cancer qui titube pour exécuter un méchant patron dans un cocktail), autant Mammuth flotte dans une atmosphère poétique et douce. Rien de grave ne peut vraiment arriver même si la situation de départ est rude : Serge vient d'arriver à la retraite mais il ne percevra qu'un montant modeste sauf s'il arrive à retrouver des traces de ses anciens boulots. Et sa femme (Yolande Moreau fantastique comme d'habitude) le dit bien avec son accent du nord : "avec trois crédits sur le dos, il faut que l'argent rentre". De toutes façons, Serge n'a pas franchement grand chose de mieux à faire : le puzzle, cadeau de ses collègues, n'est pas un motif suffisant et quand il ne tourne pas en rond dans la salle à manger, il compte les voitures qui passent sous sa fenêtre. Alors il ressort sa vieille moto et part à la recherche de son ancienne vie... Ce road movie parsemée de rencontres attendues et inattendues sera l'occasion de revivre un passé enfoui et de l'assumer enfin. pas d'atermoiement, pas de plaidoyer social, juste un homme qui a des problèmes d'argent parce qu'il a travaillé toute sa vie mais souvent au noir mais qui a aussi vécu une histoire d'amour douloureuse dont il porte encore le poids plus de 40 ans après.

 

Gérard Depardieu est magistral de sobriété, les réalisateurs ont misé sur sa présence bien plus que sur les dialogues. Et, évidemment, ça marche : pas de tirade, pas de colère juste des mots bien sentis, des expressions, un visage, une masse corporelle qui prend plus des trois quart de l'image et qui plaide pour l'inutilité du langage. Il est là et son regard parle pour lui. En fantôme du passé, Isabelle Adjani, à qui on est incapable d'attribuer un âge, ce qui tombe bien dans ce film, assume un rôle discret mais central. Benoît Poelvoorde fait du Benoît Polevoorde, monsieur Manhattan nous réjouit par des intermèdes bêtes et drôles.

 

La caméra tourne en super 8 et ce gros grain, cette mauvaise définition, une image un peu sale peut déranger mais ce choix correspond bien au film. La musique signée Gaëtan Roussel (ex Louise Attaque et ex Tarmac) ajuste le film, lui donne une dimension onirique supplémentaire.

 

Pas besoin d'être un intellectuel parisien de gauche pour apprécier ce film, on est loin des moqueries grolandaises. Les deux réalisateurs signent un film témoignane de l'amour qu'il porte aux gens en général et à leurs personnages en particulier !

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Publié dans Cinema

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