Melancholia : choc de la rencontre avec la planète Lars Von Trier
Il était une fois dans un pays nordique une princesse blonde dont les noces se déroulent dans un château: mugnificence du lieu, majesté des invités, organisation réglée au cordeau jusqu'à l'heure précise de découpage du gâteau, l'envol de montgolfières et la soupe à l'oignon servie dans un parc somptueux. Mais, dès le début, un grain de sable enraye ses toutes les prévisions : la (trop) longue limousine des mariés reste bloquée dans l'allée en raison d'un virage trop étroit... Petit à petit, d'autres micro-évènements vont faire glisser ce somptueux mariage en une crise aigüe : la mariée semble mal à l'aise, la mère cynique, le père trop accompagné... seule la soeur de la mariée garde son calme et manifeste de l'empathie vis-à-vis de sa soeur engluée dans un mariage trop grand pour elle.
Une autre menace sourd de l'extérieur : la planète Melancholia risque d'engloutir la Terre... le spectateur connaît la fin du film, racontée dans les premières minutes du film.
Nous voilà face à une oeuvre d'art : le parti pris photographique du cinéaste s'éloigne clairement du Dogme de ses débuts alors que la tension du repas de mariage nous ramène (évidemment) à Festen. Ce film est beau tout simplement, il manifeste la maîtrise technique de l'image et la 3D paraît soudain une invention absurde quand un réalisateur sait aussi bien créer de l'émotion avec les techniques actuelles. Le film réussit la prouesse d'un scénario fort, d'une mise en scène magistrale et d'acteurs époustouflants. Si Charlotte Gainsbourg est plus présente dans la seconde partie du film que dans la première, la véritable héroïne est Kirsten Dunst. Peu de scènes sont tournées sans elle, elle est une présence/absence lumineuse et prend clairement le leadership à la fin.
La vision de la dépression par Lars Von Trier est originale: ces personnes possèdent le talent particulier de voir arriver avec sérénité la fin du monde. Au-delà, le spectateur se demande en sortant de la séance ce que lui ferait si la fin du monde était proche - question d'autant plus intéressante que certains la prévoient pour 2012 -, que reste-t-il quand il n'existe aucune fuite possible ? Loin des blockbusters de science fiction américains (bien entendu), la fin inéluctable du monde est vécue par une micro-cellule familiale : un père milliardaire sicentifico-rationello-optimiste, une mère indéfectiblement cartésienne, un enfant de 10 ans grave et serein, une dépressive qui renaît parce que la vie est mauvaise... Qui détient la vérité ? Justine qui accepte cette fin du monde, Claire qui ne comprend pas qu'elle n'y échappera pas ou bien l'enfant dont le souhait martelé depuis le début de construire des cabanes en forêt est enfin réalisé...
Le découpage en deux parties paraît un peu superflu, seule micro-critique faite au film. 2h10 inoubliables... Je pourrais écrire des pages tant les émotions sont puissantes mais inutile d'en dévoiler plus, ce film est à voir au cinéma sur un grand écran, plongé dans une salle totalement obscure pour produire tous ses effets.