"Les biens aimés" : variations sur l'amour

Publié le par Laurence

Madeleine aime les belles chaussures mais ne peut s'en offrir autant qu'elle veut. A la suite d'un malentendu, elle se retrouve prostituée occasionnelle et rencontre ainsi son futur mari Jaromil... de cette union naîtra Véra. Mais Jaromil repart à Prague et trompe Madeleine. Malheureuse, elle repart avec sa fille et épouse François. Véra grandit dans ce chaos amoureux et se laisse aimer par Clément.

 

La trame, déjà un peu compliquée, ne sert que de support à Christophe Honoré pour parler - une fois encore - d'amour : l'amour inconditionnel, l'amour déçu, l'amour impossible et la tragédie s'en mêle. Véra qui cache si bien ses sentiments se voit dévastée par sa rencontre avec Jarenson, un américain gay qui éprouve des sentiments forts pour elle mais pas ceux qu'elle attend. Madeleine, remariée, ne peut s'empêcher d'aimer Jaromil qui multiplie les aller-retour. Un amour peut marquer toute une vie, s'imprimer dans la peau et Honoré filme merveilleusement et au plus près ces grains de peau qui s'attachent et se détachent. Au plus près des corps et des sentiemnts, il fabrique ces mouvements entre les personnes, ces sentiments qui imprègnent et n'épargnent personne. Les dégâts de ces liens amoureux sont forts. Les personnages sont portés par l'amour et ne portent pas la moindre attention aux évènements. Tout leur est extérieur, rien ne les touche sauf ce lien indéfectible.

 

Les références à Truffaut comme à Demy sont nombreuses. Les chansons qui émaillent le film permettent aux héros de s'exprimer du fond de leur coeur, traduisent sur mode pseudo-léger leurs profondes dépressions.

 

Pas de morale dans ce film, pas de message à part peut-être que chacun fait ce qu'il peut, que l'amour dépasse tout et ne tient jamais compte d'autrui. L'égoïsme des personnages est tel que même les attentats du 11 septembre ne sont qu'une toile de fond qui perturbe à peine le cours de la vie.

 

Honoré se renouvelle à peine, ses films évoquent tous ce même sujet, la difficulté de vivre en aimant. Et Honoré n'envisage rien qui permette d'y échapper. Les gentils, les tièdes ne sont que des seconds rôles, agaçants parfois, leur présence rassurante ne sert qu'à survivre entre des moments forts. L'amour filial est à peine évoqué, il n'intéresse pas Honoré qui se concentre quasi-exclusivement sur l'amour entre adultes.

 

Le film souffre de quelques longueurs, de moments d'ennui dont on peut se demander s'ils ne sont pas là exprès pour valoriser les scènes les plus fortes, les plus expressives.

 

On en sort avec un mélange de profonde tristesse, de déprime, un peu d'injustice.

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Publié dans Cinema

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