Orages ordinaires : William Boyd explore les sous-sols de l'exclusion
Adam Kindred, climatologue réputé aux Etats Unis, souhaite retourner en Angleterre et passe un entretien d'embauche dans une université prestigieuse de Londres. A la sortie de cette épreuve, il déjeune dans un restaurant et sa rencontre avec un inconnu va bouleverser sa vie.... Soupçonné de meurtre, poursuivi par la police mais surtout par un tueur à gages, Adam va disparaître du monde et pour cela connaître une vie de SDF. Il remontera petit à petit la pente mais cette aventure l'aura transformé définitivement.
Ce livre, paru en avril 2010, mais que j'ai lu en pleine affaire du Mediator résonne particulièrement en ayant pour trame les turpitudes des grandes industries pharmaceutiques. Rien de nouveau sous le soleil, d'autres films et livres ont déjà largement traité par la fiction ou l'enquête documentée comment les grands laboratoires pharmacetiques se conduisent comme toute industrie avec la maximisation du profit en ligne de mire et non l'amélioration de la santé publique. Il suffit d'en être conscient pour organiser un système public de validation et de surveillance chargé de réguler cette économie.
La force du roman de William Boyd ne tient pas non plus à l'exploration du monde cruel des SDF, de la pauvreté économique, sociale et culturelle qui règne dans les barres d'immeubles de la banlieue londonnienne. Boyd est un conteur qui happe le lecteur, l'entraîne dans une histoire finalement peu crédible mais avec un bonheur dans l'enchaînement des évènements, la multiplicité des personnages. L'auteur nous place dans leur tête, le ton et le vocabulaire utilisé à chaque chapitre sont bien ceux des personnages que le lecteur suit à ce moment là.
Les rebondissements et croisements multiplient les interrogations du lecteur qui se demande comment tout cela va se terminer en n'ayant cependant aucun doute sur une fin heureuse... Boyd et Lodge ont en commun l'art de la satire de la société, l'ironie des situations combinée au ridicule des personnages mais tous deux nous apprennent à éprouver une certaine tendresse même pour ceux qui ne sont pas les plus aimables....