La carte et le territoire : un Houellebecq foisonnant

Publié le par Chantal

Le dernier opus de Michel H. a été couvert d'éloges, jusqu'à remporter le mythique Goncourt dont l'effet magique sur les ventes pourrait contribuer à faire connaître des auteurs naissants plutôt qu'à confirmer des auteurs déjà largement reconnus. Notons au passage que Houellebecq n'a jamais eu besoin de prix pour dynamiser ses ventes, l'auteur sachant créer la curiosité par ses attitudes (vestimentaires et de comportement) voire des polémiques pour ses propos à l'emporte pièce, toutes aussi peu dignes d'intérêt que le JT de 13h de JP Pernaut pour les journalistes d'investigation.

 

Le dernier roman de Houellebecq a suscité enthousiasme et dythirambes habituels, sans, cette fois-ci, l'aura de dégoût tout aussi récurrentes. Et pour cause. Ce roman prend prétexte de la vie de deux hommes dont les vies se croisent. Ils ne sont pas amis, ils se fréquentent. Leurs trajectoires se disjoignent et se rejoignent à la fin, à la faveur d'un horrible crime que Houellebecq traite par dessus la jambe. Il ne se prétend pas auteur de polar.

 

Jed Martin, artiste, fils d'un architecte raté et d'une maire suicidé mène une vie morne, malgré le flot d'argent brusquement arrivé. Il rencontre Michel Houellebecq lui même et réalise son portrait. Qui est Michel Houellebecq ? son double dans le livre ou Jed Martin, personnage type des romans houellebecquiens par son incapacité à ressentir, à éprouver. Il est hors de la vie, ne s'attache à rien. Il est l'étranger de Camus.

 

Houellebecq aborde de très nombreux thèmes dont l'aménagement du territoire, les relations ville - campagne, la photographie, la relation à l'art. Ses réflexions sont profondes, fouillées et ô miracle le propos n'est pas systématiquement désabusé. Il se moque des autres et de lui-même, ne se contentant pas d'une distance germanopratine mais d'un sens certain de l'auto-dérision. Non que Houellebecq fasse preuve d'un quelconque amour pour ses contemporains, il reste l'auteur dépressif déprimé qu'il aime valoriser dans les medias. L'hommage rendu à Beigbeder, personnage récurrent du livre, est sympathique.

 

Force est de constater qu'on trouvera ici une critique flatteuse supplémentaire alors que ses précédents romans m'avaient laissé un goût de dégoût et que je ne comptais pas en lire un autre.

 

 

 

 

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Publié dans Livres

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